Invité à Rome à l’occasion de la Marche des Rameaux, Lounès Matoub témoigne de sa séquestration et appelle à abolir toutes les formes de peine de mort.
Mesdames et messieurs,
Je suis ici pour la Marche des Rameaux, sur invitation de la campagne pour l’abolition de la peine de mort et du Parti radical. Permettez-moi de dire quelques mots dans ma langue maternelle, le berbère, à la mémoire de Jugurtha, roi de Numidie mort dans une cellule ici à Rome il y a plus de deux mille ans : « Anerrez wala an-neknu » — plutôt rompre que plier.
J’ai été condamné à mort par le GIA. Ils m’ont condamné car, pour eux, chanter signifie s’écarter du chemin de Dieu. Pendant les seize nuits qu’a duré ma séquestration, l’ombre de la mort ne m’a pas quitté un instant. J’en ai réchappé grâce à un immense élan de solidarité : la Kabylie s’est soulevée comme un seul homme pour exiger ma libération sans condition.
Beaucoup, parmi les meilleurs d’entre nous, n’ont pas eu cette chance. Il n’y a pas que les intellectuels ou les artistes qui sont condamnés à mort. Aujourd’hui, on peut l’être sans le savoir : jeunes filles refusant le voile, enfants allant à l’école, jeunes gens ayant accompli le service national, parents d’un policier ou d’un magistrat, ou simples voyageurs d’un autobus.
Aujourd’hui, tout Algérien qui se lève le matin est un condamné à mort potentiel. La mort, ou plutôt le crime, est revendiquée comme moyen d’instaurer un régime fondé sur l’assassinat. Mais nous condamnons toutes les morts, y compris celles des États.
Non à l’intolérance. Tissons ensemble les liens de la solidarité. Merci pour votre action, qui est aussi notre combat à tous : mettre fin à toute peine de mort, officielle ou sauvage, « civilisée » ou barbare.
Lounès Matoub
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